Palmiers

Groenland, terre du peuple inuit

Destination nature assez peu connue et très préservée, le Groenland recouvert au 9/10e par la calotte glaciaire et plongé dans la nuit polaire la moitié de l’année semble inaccessible. Elle est pourtant une destination exceptionnelle que l’été et son soleil de minuit nous offrent dans toute sa splendeur. Fjords remplis d’icebergs, glaciers qui les produisent activement et rencontres avec le peuple inuit... Voici le programme de ce reportage.

L'arrivée se fait à Kangerlussuaq, une petite bourgade qui accueille l’aéroport international. Cette ancienne base militaire américaine est le point de départ de nombreux treks traversant la toundra et permet d’observer la bordure de la calotte glacière. Un spectacle fascinant l’été lorsque l’eau sculpte la glace pour faire reculer pas à pas ce mur qui se transforme en rivière. La végétation est minimaliste tant elle est mise à rude épreuve par le climat de « Grønland». Les avions d’Air Greenland font des sauts de puce entre les rares aéroports et les rotations ne sont pas très nombreuses. Collés aux hublots, nous allons très rapidement avoir une vue incroyable sur la calotte glaciaire et ses glaciers.

Illulisat, capitale mondiale des icebergs

Beaucoup plus au nord dans la baie de Disko, cette petite ville de 4 000 habitants ne compte pas moins de 2 500 chiens. Bien pratiques l’hiver pour tirer les traîneaux, ils semblent épuisés par la chaleur accablante de l’été qui peut tout de même atteindre les 14 °C. L’arrivée en avion est l’une des plus spectaculaires de tout le Groenland  car elle est précédée du survol de l’Isfjord. Ce dernier est un fjord glacé de 3 à 6 kilomètres de large sur 60 km de long ; il déverse 20 milliards de tonnes d'icebergs dans la baie chaque année. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le fjord est le premier producteur d’iceberg de l’hémisphère nord. Ces derniers sont de tailles et formes variables ; ils culminent à 50 voire 100 mètres de hauteur. Les gratte-ciel d’Illulisat sont de glace, les habitations, elles, sont des petites maisons en bois colorées accrochées à la roche. Il y a quelques bâtiments historiques, notamment la vieille église en bois ou la maison de Knud Rasmussen transformée en musée. Cette légende locale née en 1879 d’une mère métisse et d’un père pasteur y a établi un réseau de comptoirs et joué un rôle important dans l’exploration et la mise en valeur des Inuits qu’il considérait comme son peuple. La ville s’étale le long de la baie et l’œil a du mal à quitter le spectacle incroyable des icebergs qui dérivent au grès des courants. Ils semblent peu bouger, mais après une nuit passée à la fenêtre, nous nous rendons compte que le paysage a complètement changé. Privilège de l’été, le soleil fait mine de se coucher tout en veillant à maintenir le jour puis se lève quelques heures plus tard : c’est le soleil de minuit. La longue nuit polaire sera beaucoup plus dure à vivre mais la blancheur des icebergs et les danses colorées des aurores boréales assurent un spectacle tout aussi étonnant.

Croisière dans la baie de Disko

Illulisat vit au rythme de son port avec les bateaux de pêche et de tourisme qui serpentent entre la glace. Si le survol en avion permet d’avoir une vue unique du glacier Sermeq Kujalleq, de la zone de rupture où les icebergs vêlent pour flotter et s’accumuler dans les 60 kilomètres de fjord, la croisière d’Illulisat à l’embouchure dans la baie permet de les voir de plus près. Un tel gigantisme, les formes différentes, le blanc éclatant, le bleu lumineux fascinent et effraient aux premiers craquements qui laissent imaginer le pire. Ce qui est le plus commun est de voir d’énormes blocs se détacher des parties les plus verticales, tomber dans un énorme fracas et créer de grosses vagues. Mais l’équilibre est précaire et la rupture peut être plus profonde. L'iceberg déséquilibré peut facilement changer de centre de gravité et de ligne de flottaison.

Les taches noires que l’on peut apercevoir sur la glace sont d’ailleurs des parties de l’iceberg qui ont raclé le fond du fjord et qui au fil du mouvement se sont retrouvés à l’air libre. S’il y a des lignes droites caractéristiques des ruptures, il y a aussi des formes arrondies, des changements de texture, quelques arches, des cavités... tout cela est le jeu des courants d’eau autour des icebergs, des précipitations de neige qui se sont insérées au fil du temps dans les crevasses, des différents types de glace plus ou moins compressée. La créativité de la nature semble sans limite. Lorsque le soleil fait mine de se coucher, l’horizon  flamboie et un spectacle de couleurs étonnantes transforme la croisière. Le froid est intense au fil des heures passées sur l’eau, mais la magie des icebergs fait que tous les touristes restent sur le pont à écouter ce que les Inuits nomment « le chant des icebergs ».

Le territoire d'un peuple ancien

Depuis plus de 4 000 ans, les Inuits chasseurs et pêcheurs vivent au Groenland. Leurs descendants gardent une allure râblée et ramassée avec un visage rond, des pommettes proéminentes et des yeux rieurs. Des maisons en bois colorées ont remplacé les maisons rondes en pierres, tourbe et bois de repêchage. L’été, on fait toujours sécher le poisson et les chiens attendent avec impatience le retour de la neige pour tirer les traîneaux et partir à la chasse avec leur maître. Chasse et cuisine sont très liées sur cette terre gelée qui ne laisse pas pousser grand chose. Le repas typiquement groenlandais, c’est de la protéine, du gras et des féculents. Les légumes, fruits et laitages sont importés et absolument hors de prix. Alors la baleine dont la chair est très savoureuse et la peau un peu plastique est très appréciée par les Inuits. Plus surprenant, l’ours polaire ou le narval sont également sur la table ! Vers le sud, se sont les bœufs musqués ou les caribous sous toutes leurs formes qui nous régalent ainsi que les crevettes et le flétan qui sont vraiment délicieux.

À ceux qui sont horrifiés que l’on puisse manger de la baleine, Astrid, une guide très écoresponsable que nous avons rencontrée, expliquait qu’à l’heure du réchauffement climatique, il est préférable de manger ce qui se trouve près de chez soi, pêché ou chassé de façon très contrôlée avec des quotas permettant un renouvellement des espèces, plutôt que d’importer des produits du bout du monde élevés de façon industrielle...

Le glacier Eqi

Il nous a fallu 5h pour remonter le fjord d’Ataa vers le nord afin de rejoindre Eqi, un glacier de 6 km de large qui se déplace de 2 à 3 mètres par jour. Face à lui pendant quelques heures, nous sommes sûrs de le voir vêler, c’est-à-dire que de la glace se brise et tombe dans un énorme fracas. En fait le bruit est continu car les craquements se font aussi à l’intérieur du glacier. Nous nous arrêtons à 1,5 km pour des raisons de sécurité car certaines vagues sont de vrais tsunamis et le danger est vraiment là. En fait, il est tellement immense qu’il semble à côté et le spectacle est absolument grandiose.

C’est ici que les Expéditions Polaires Françaises dirigées par Paul-Émile Victor avaient établi leur camp de base à l’été 1948. Il s’y était installé avec 90 tonnes de matériel et 25 hommes. Son baraquement est toujours là sur le bord sud de la baie maintenant un peu éloigné du glacier à cause de son recul des dernières décennies. Aujourd’hui, les quelques semaines d’été permettent d’atteindre le glacier, séjourner dans le camp et même monter à la moraine. L’amas de débris rocheux transportés par le glacier offre une vue incroyable. L’activité de la nuit est assez forte notamment vers minuit pour une raison que les scientifiques n’expliquent pas à ce jour...

Le chant des baleines

Si nous avons pris plaisir au chant des icebergs, il est un autre chant que nous avons pris l’habitude de reconnaître, c’est celui des baleines à bosse. Très vite, lors des balades à Illulisat qui longent la baie jusqu’à l’embouchure du fjord ou dans les villages environnants accessibles en bateau comme Oqaatsut ou Ilimanaq, il est possible de repérer leur présence. Entre deux craquements de la glace, leur respiration bruyante se fait entendre et les grands jets qu’elles projettent à intervalles réguliers vers le ciel sont visibles de loin. Elles sont en train de se nourrir des poissons proches de la surface, la dorsale apparaît distinctement à plusieurs reprises au  l de sa nage et puis subitement, c’est sa magnifique nageoire caudale qui sort largement hors de l’eau juste avant qu’elle ne plonge en profondeur. Les baleines à bosse sont nombreuses à avoir élu domicile dans la baie, leur souffle devient vite familier et le hasard des balades fait que vous êtes sûr de les croiser en été. Les sorties proposées sur les bateaux de pêcheurs permettent de multiplier les rencontres, les observer lorsqu’elles sont à l’arrêt mais également de naviguer à leur côté. Leur déplacement majestueux seul ou en groupe pour se nourrir des bancs de krill est un véritable enchantement avec toujours en arrière-plan les icebergs. Une autre possibilité qui fait partie des belles expériences du séjour est la balade en canoë. Il faut s’équiper de bonnes combinaisons pour partir flotter au milieu des icebergs et cela se fait dans des zones où ils sont petits pour éviter les tsunamis que causent leurs effondrements. Là aussi, le défilement des paysages de glace et l’approche des icebergs risquent d’être perturbé par le souffle des baleines, avec l’angoisse d’être aussi petit.

Avec Jean-Pavia à la recherche des bœufs musqués

Il aura été difficile de quitter la petite ville d’Illulisat et sa baie absolument magique, mais le retour à Kangerlussuaq va nous dévoiler un autre aspect du Groenland. C’est avec Jean-Pavia que nous partons à la recherche des bœufs musqués, l’animal avec une fourrure comme une barbe, dans les montagnes voisines du lac Fergusson en bordure de calotte glacière. C’est le plus gros des mammifères terrestres du pays et il vit en petits groupes. Il est assez dur à trouver et a même failli disparaître mais ces montagnes abritent quelques groupes. Nous nous comportons comme de véritables chasseurs, discrets dans l’approche en mettant à profit le relief vallonné. Une fois repérés par le chef du groupe, ceux-ci s’éloigneront rapidement du danger potentiel. Il faut dire qu’ils sont encore chassés et que leur viande savoureuse est très appréciée.

Il y a aussi quelques ossements de caribous. Le climat et la longue période hivernale font que la décomposition est très lente. Il faudra bien une journée et 14 km de relief assez sportif pour atteindre notre destination au bord d’un lac. Les tentes soigneusement cachées derrière un rocher font l’objet d’un rapide montage et il est temps d’aller chercher un peu de bois sec pour faire un feu et préparer le repas. Des provisions ramenées dans nos sacs à dos mais aussi de délicieux bolets et des baies cueillis au fil de notre route. Deux groupes de bœufs musqués ont été aperçus sur le parcours. Les balades du lendemain, plus lointaines du village et donc moins fréquentées par les chasseurs devraient permettre d’en voir plus... Il ne fera pas nuit, vu que le soleil se couche à peine passé minuit, mais la fatigue et la fraîcheur produite par le lac, font que nous retrouvons avec plaisir nos duvets pour une bonne nuit de repos. Très tôt le matin, l’un des bœufs musqués que nous avions tant cherché broute sur la colline surplombant le campement. La rencontre matinale nous ravit. Le vent s’étant calmé et il sera possible de prendre les canoës pour aller à la rencontre des bœufs musqués. L’accostage sur un bord calme et une rapide ascension permettent de pique-niquer sur un rocher avec la calotte glacière comme horizon. Elle est à une trentaine de kilomètres et sa ligne se distingue très nettement.

Il faudra une bonne journée de randonnée pour rejoindre le lac Fergusson et Kangerlussuaq. Sur le chemin quelques traces laissées par les chasseurs inuits restent. Principalement des pierres placées de façon circulaire pour les abriter lors des chasses mais aussi des amas de pierres servant de garde-manger. Le Groenland aura vraiment été un voyage enchanteur et unique. Le soleil de minuit nous aura permis d’en profiter pleinement. Sur place, nous avons rencontré des passionnés, Inuits ou Danois, qui nous ont fait partager leur amour de cette destination méconnue, mais aussi son incroyable fragilité. Nous sommes de retour, mais déjà avec l’envie de repartir. Peut-être en hiver, mais là, ce sera une autre aventure.

Infos futées

Quand ? L’été est très court de mi-juin à mi-septembre avec le soleil de minuit de fin juin à fin juillet. C’est la période de production des icebergs la plus active, celle qui permet l’accès au glacier Eqi et la possibilité de découvrir la nature avec des températures entre 5 et 15 °C. L’hiver sera plus rude avec des températures de -25 °C et la nuit polaire de novembre à mi-mars. C’est la bonne période pour voire les aurore boréales et faire du chien de traîneaux.

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NORD ESPACE - Plus d'informations sur le site

http://www.nord-espaces.com

Petit Futé – Stéphan SZEREMETA