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Drapeau colombie

Le cyclisme colombien : une passion en roue libre

La relation entre les Colombiens et leurs chevaux d’acier ne cesse de surprendre le monde entier.

À l’horizon, il y a l’Arc de Triomphe, couronnant le podium des champions, sur lequel Nairo Quintana serre dans ses bras sa toute jeune fille. À ses côtés, C. Froome et R. Bardet lèvent les bras pour célébrer la victoire de cette édition du Tour de France, dont l’arrivée se fait sur l’avenue la plus belle du monde. Nous sommes le dimanche 24 juillet 2016.

 

La ténacité avec laquelle Quintana a poursuivi ses deux rivaux se transforme en sourire face à un public dans l’expectative, parsemé de nombreux drapeaux colombiens qui, aussi, célèbrent les récentes victoires de  Rigoberto Urán, Esteban Chavez, Sergio Luis Henao et Mariana Pachón. Et ce n’est pas une seule personne qui s’élève, triomphante, sinon toute une génération de jeunes pédaleurs qui à chaque virage réinterprètent les notes d’une tradition qui se meut sur deux roues.

 

D’où vient cette passion pour le cyclisme chez les Colombiens ? Les premières bicyclettes arrivent à Bogotá en 1894 et les premiers vélodromes de la ville sont inaugurés en 1988, mais le cyclisme colombien s’universalise en 1970, quand Martín « Cochise » Rodriguez bat le record mondial du contre-la-montre décroché l’année précédente par le Danois Morgens Frey Jensen. Depuis lors, la quantité de cyclistes inscrits dans les équipes nationales et internationales n’a cessé d’augmenter, tout comme n’ont cessé d’augmenter les kilomètres parcourus par les scarabées* lors du Tour d’Espagne, le Giro d’Italie et le Tour de France.

 

Une image est restée gravée dans la mémoire des Colombiens et des Français : celle qui montre Luis « Lucho » Herrera descendant d’Autrans à Saint-Étienne, le visage ensanglanté, lors de la quatorzième étape du Tour de 1985, suite à une sortie de route et une chute due à une flaque d’huile qu’il voulait éviter. Après l’accident, il s’est levé, est rapidement remonté sur son vélo et a réussi à gagner l’étape, à sept secondes d’écart devant Bernard Hinault « le blaireau », le champion breton des trois grands tours européens.

 

L’échange produit entre les continents unis par la passion des deux-roues ne s’est pas fait que dans un seul sens. Dans les annales de l’histoire colombienne est gravé en lettres d’or le nom du Français José Beyaert, champion de la seconde édition du Tour de Colombie en 1952 après avoir remporté cinq étapes. Beyaert devient par la suite l’entraîneur de la sélection colombienne de cyclisme et commence une carrière de commentateur sportif dans le pays sud-américain, pour finir par se lancer dans le commerce d’exportation d’émeraudes, la pierre précieuse colombienne par excellence.

Course cyclistes vélo
CULTURE&PATRIMOINE-cyclistes-Howard Lawrence B
Howard Lawrence B

 

L’union entre la puissance du muscle et le rythme du pédalage, la synthèse entre la volonté et la pente, la dialectique entre l’homme et la machine ont fait que, à quatre occasions, les Colombiens ont enfilé le maillot à pois avec lequel sont récompensés les grimpeurs des Alpes et des Pyrénées : Luis Herrera (1985), Santiago Botero (2000), Mauricio Soler (2007) et Nairo Quintana (2013), qui depuis lors est resté fidèle au cadre de taille XS de son vélo, que le constructeur allemand Canyon mit à disposition de l’équipe Movistar. Ce jeudi, quand Nairo entra à Paris sur les talons de Froome et Bardet, il utilisait des pignons de 11-27 avec des plateaux de 53 et de 39 dents ; capteur de puissance power2 max ; des roues italiennes Campagnolo, aux pneus de 50 mm et une selle Fizik Antares. Il n’y a pas de cyclisme sans bicyclettes.

 

Il faut dire que la relation qu’ont les Colombiens avec leurs chevaux d’acier ne cesse de surprendre le monde entier, depuis le touriste qui se balade dans la géographie bigarrée des montagnes colombiennes où s’est entraîné Nairo la première fois, jusqu’au public européen qui voit Henao ou Pajón gagner un à un les grands concours de cyclisme ou de BMX européens.

 

Peut-être une partie de la réponse pour résoudre le mystère se trouve dans la « Grande manifestation à pédales », un mouvement impulsé pendant de nombreux mois et par des gens de tous types qui, le 16 décembre 1974, ont fermé la circulation automobile dans une des rues principales de Bogotá pour ne laisser circuler que les bicyclettes. Ce jour-là est né ce que les Bogotanais connaissent comme la « voie cycliste » (ciclovía), un ensemble de rues qui sont fermées chaque dimanche entre 7 et 14h aux véhicules motorisés, afin que les habitants de la ville puissent marcher, courir, patiner, faire du skateboard ou se balader dans la capitale en vélo. La voie cycliste a été exportée dans le monde entier, de Los Angeles à Rio de Janeiro et de Cape Town à Guadalajara.

 

Le vent – variable essentielle du cycliste en compétition – caresse les feuilles des arbres qui bordent l’avenue des Champs Élysées. Après la remise des prix, les photographies et les interviews, les champions commencent à se retirer. Des centaines de spectateurs, qui ont attendu impatiemment, depuis le début de l’après-midi, l’arrivée de leurs coureurs, abandonnent les gradins pour rentrer dans leurs foyers. Nairo lève un poing et salue ses supporters en attente d’une prochaine opportunité pour revenir occuper le podium. L’horloge indique 20 h, en cet inoubliable dimanche de juillet.

Auteur de l'article: M. Daniel Rojas Castro 

*surnom donné à l’équipe colombienne (ndlt)

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- Photo principale de l'article: Crédit Photo Flavia Carpio

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