Palmiers

Marie-Stéphane Vaugien

Comment écrire le voyage ?

PRESENTATION

Née de l’autre côté de la mer, il y a plus de 60 ans, Marie-Stéphane Vaugien a dû quitter son pays en 59. Premier arrachement, premier exil et… premier vol en avion, en Caravelle, avec son fidèle chien en peluche Moucky pour sécher ses larmes.

Amoureuse des mots depuis toujours - enfant, elle ‘’se déchaînait ’’ sur une machine à écrire, reçue à Noël à ses 10 ans, et concoctait des histoires pour faire rêver ou rire ses petites camarades

Elle a écrit des poèmes, de courtes nouvelles, puis 300 pages d’un Doctorat de 3e Cycle à la Sorbonne L’univers romanesque d’Ernest J. Gaines, sous l’œil bienveillant de son professeur de thèse, le passionné et passionnant Michel Fabre.

Mais il lui faut un toit sur la tête ! Air France répond plus vite que l’Éducation Nationale. Alors elle devient hôtesse de l’air ! Elle ‘’ vole ‘’ de continent en continent, s’ébouriffe le cœur de rencontres et de paysages, mais n’oublie pas l’écriture… Sans n’avoir pris aucune note, quand la retraite la surprend dans ce tourbillon, elle couche sur le papier un florilège de ses souvenirs dans '' Entre deux bleus''. D’autres encore se bousculent dans sa tête, et '' Papa Tango Charlie '' s’impose.

Elle écrit et chante des chansons aux ateliers de Chantal Grimm (Les Écrivants Chanteurs ) et de Claude Lemesle, mises en musique par des musiciens pros : Chantal Grimm, Michèle Garance et Bernard Fougeirol (extraits du CD Voler, Rêver sur You Tube).

Ses livres de voyages à travers la Planète pendant 30 ans, '' Entre deux bleus '' et '' Papa Tango Charlie ont plu à Moussa Lebkiri, auteur, conteur, comédien, metteur en scène. Il en a fait une adaptation libre, un Seule en scène que Marie-Stéphane interprète '' Elle gagne sa vie en volant '' . Après le succès parisien d’octobre 2018 au Passage vers les étoiles à Paris, elle ‘’s’envole ‘’ avec au Festival off d’Avignon du 5 au 28 juillet ( Au Magasin Théâtre)

Son écriture se décline ainsi tout azimut pour son plus grand bonheur, chevauchant plusieurs disciplines.

Marie-Stéphane aime à ‘’ se dire ‘’, à partager - le mot de la langue française qu’elle préfère !

BIBLIOGRAPHIE

-         D’ICI ET D’AILLEURS… ( poésies/photos de Chantal Jolivard ) 2019

-         INVITATION ( Collectif Lélia Ed. Le pré du Plain ) 2019

-         PAPA TANGO CHARLIE ( Ed. du bord du Lot) 2019

-         DE SI GRANDS CIELS... ( poésies/photos de Chantal Jolivard )

-         MALS A MON SLAM avec Brigitte Belllac( Ed. du bord du Lot) 2018

-          POCHETTE SURPRISE collectif ( Ed. du bord du Lot) 2017

-         ENTRE DEUX BLEUS ( EnvolÉmoi Editions) Déc. 2015

-         QUAND LE SILENCE NOUS PARLE collectif (Ed.Mots Migrateurs) 2015

-         NUITS D’ENCRE recueil collectif ( Ed. Mots Migrateurs) 2014

-         DEMONS DE VENUS Poésies ( Ed. L’Art en tout lieu) 2003

-         RICOCHETS Poésies ( Ed. L’Art en tout lieu) 2001

Si vous deviez choisir une destination, laquelle choisirez-vous et pourquoi  ?

Difficile question ! La Planète est si belle ! Voilà ce que je répondais à mes passagers curieux ( Extrait de Papa Tango Charlie/ Ed du bord du Lot P 247 ) –

« Cela dépend de ce que vous aimez, de ce qui vous intéresse ! Les sites archéologiques? Alors la Grèce bien sûr, ou plus loin, le Mexique, le Pérou, le Cambodge qui offrent des vestiges fantastiques. Les paysages? Le Chili, l’Équateur, les Îles Sous le Vent vous ébouriffent les yeux de leur beauté. Les musées? L’Italie, l’Espagne regorgent de trésors. La cuisine ? Celle d’Asie dépayse ! La musique ? Cuba, le Brésil, la Jamaïque remportent la palme. La danse ? Il faut aller faire quelques pas de tango à Buenos Aires, s’essayer à la samba à Rio. Les coutumes vestimentaires? Les soies arc-en-ciel des saris des Indiennes, les kimonos délicatement brodés des Japonaises éblouissent, à rendre jaloux le soleil! Mais surtout, dans tous les pays de la planète, il faut aller à la rencontre des habitants, étonnants, chaleureux. Même si on ne parle pas la même langue, il passe, dans les sourires et les regards, des histoires sans parole, d’inoubliables complicités, des étincelles de fraternité… »

Et puis il y a les images que l’on se fait d’un lieu. On est ravi ou déçu…

La Polynésie, est comme sur les photos : vue d’avion, on découvre un océan indigo piqué d’îles vertes ou dorées et noires  - les atolls - entourées d’un cercle blanc, comme un rond de fumée – barrière de corail – retenant à l’intérieur des eaux turquoise clair, le lagon. C’est magnifique et pas surfait ! Voyez plutôt !

Extrait de ENTRE DEUX BLEUS ( EnvolÉmoi Editions )

J’arrive à Papeete - important de dire Pa-pé-é-té à la tahitienne - et pas Papette, comme ‘tapette’, à la française, ça casse le charme ! Ici, il faut prendre le temps. Le temps de couler les syllabes, de couler les sourires. Et de se couler dans l’eau turquoise, ou dans l’ondulation des hanches des vahinés. De humer le café à la vanille, de s’emplir la bouche de gâteau à la banane, savoureux, moelleux à cœur. Autrement ce n’est pas la peine de venir. Et puis ouvrir les yeux. C’est là qu’on regrette d’en avoir que deux: il y a le vert de la végétation, foisonnant, dru. Et le bleu de l’eau. Que dis-je, LES bleus de l’eau. Ils ont au moins vingt mots pour désigner cette couleur. Normal : ça va du bleu-violet-sombre au vert jade, à la même heure, au même endroit, comme si le pinceau géant d’un peintre coloriste, retouchait sans cesse la couleur de l’eau, sans jamais se décider pour aucune. Et puis j’allais oublier, il y a le noir et le blanc: le blanc des maisons, des murets entre les jardins, un blanc étincelant, et le noir des roches, restes de cratère des volcans effondrés, qui dégringolent dans l’eau, ou dressent leurs majestueuses silhouettes tourmentées au centre de l’île. Obsédantes à rendre animiste un bon chrétien ! Visibles de tous les coins de l’île, elles dominent, fières sentinelles, ces îles toutes plates autrement, et semblent veiller sur la population. Ces îles du Pacifique, c’est exactement comme on les voit dans les magazines : les photos ne sont pas truquées ! A Bora-Bora, je loue un scooter pour faire le tour de l’île, une vingtaine de kilomètres. Dans un tournant, je tombe nez à nez avec une rangée de paréos multicolores qui volent dans le vent. Je m’arrête et bavarde avec la jeune femme qui les imprime. Elle s’appelle Ahuura :

-  Vous savez que c’est un diminutif ? Mon prénom complet est ‘’Ahu ura arii o te loo a o tera’’, ce qui veut dire ’‘La robe rouge royal du coucher du soleil’’. C’est joli, non ? Et tous les prénoms tahitiens sont comme ça, ils signifient quelque chose.

- Que c’est charmant ! Vous en connaissez d’autres ? 

- Oui! Mon mari s’appelle Ioio, de ‘’Te mata ioio o te fetia to iao’’, ‘’l’œil brillant de l’étoile du matin’’.

- C’est magnifique! Vous croyez qu’il existe un livre regroupant ces trésors ?

- Oui, vous le trouverez à Papeete, à la grande librairie à côté de la mairie. Autrement, il me semble l’avoir vu au kiosque à journaux du Sheraton, j’y vais régulièrement pour vendre mes paréos sur la plage. Allez- y faire un tour, c’est à deux kilomètres d’ici.

Au grand hôtel, je trouve le fameux bouquin. Je l’ouvre au hasard : ‘‘Aata’’ de ‘‘Te tama aata te marama’’, l’enfant gai de la lune. Ou ‘‘Ariitea’’, de ‘’Arii tea tau ma te ra i’’, ‘’Prince blanc venant du ciel’’. Je suis ravie de ma trouvaille. J’aimais déjà ces prénoms aux sonorités suaves, chantantes, mais là, cette approche par le sens ajoute à leur poésie. En continuant ma balade, j’aperçois une plage déserte, jonchée de coquillages. Je me mets en maillot de bain, et marche au ras des flots. Des vaguelettes lèchent mes pieds. L’eau est turquoise, bleu très pâle par endroit, vert céladon à d’autres, avec des touches de violet. Je suis bien, seule dans ce paysage de carte postale. Soudain, j’entends derrière moi un babil d’enfant : une petite fille, une blondinette de deux, trois ans, avec un petit maillot Snoopy me tient un discours qui a l’air très élaboré, mais je n’ai pas le décodeur !

  • Comment tu t’appelles, ma poupée ? 
  • Ivoa
  • Elle est où ta maman, ta maison ?

La petite fille ne répond pas vraiment, mais aligne encore quelques phrases mélodieuses, toujours dans son langage, en me montrant les flots. Il n’y a aucune construction alentours, alors peut-être vit-elle sur un bateau ? Mais toute seule comme ça, c’est bizarre. Je fais quelques pas, et l’enfant me suit toujours. Je ne peux pas avancer plus, elle va se perdre. Alors faire demi-tour, remonter le long du rivage, et guetter une maison, une maman affolée. Ça ne tarde pas. Derrière les palmiers, un toit tout blanc, un muret couvert de bougainvilliers mandarine, et une jeune femme, trop claire de peau pour être une tahitienne est là, debout les mains sur les hanches :

  • Ah, te voilà, coquine! Je pouvais toujours t’appeler. Elle vous a suivie, n’est-ce-pas ? Elle n’est pas sauvage ! Et bavarde avec ça !
  • Oui, j’ai remarqué, mais hélas je n’ai pas la qualif ‘‘babil de deux/trois ans’’, ça manque à ma culture, d’ailleurs ! Mais j’ai compris son prénom : Ivoa, n’est-ce pas ? Savez-vous ce qu’il veut dire ? Je viens d’acheter un livre qui donne toutes les significations et…
  • Je vous arrête tout de suite, ce prénom n’existe pas!
  • Ah bon ! Mais pourquoi alors l’avoir…
  • A cause de…Robert Merle, et de son livre ‘Une île’. Mon mari et moi menions une petite vie bien rangée, en province près de Narbonne, et nous sommes tombés sur ce bouquin. Il nous a… chavirés ! Une folle envie de partir dans les îles nous a envahis. Ça fait ça à beaucoup de gens, ces lectures exaltantes ! La différence, c’est que nous, nous l’avons fait! On a largué les amarres! Vers Tahiti d’abord - l’action de ‘L’île’ s’y déroule- puis nous avons fait notre nid à Bora-Bora, et notre premier bébé arrivant, un prénom tahitien s’imposait. Celui de l’héroïne de Robert Merle bien sûr ! Ivoa, en plus ça sonnait bien, comme un nom de fleur !
  • C’est ravissant, en effet !
  • Oh, ça oui ! Sauf que le facétieux Robert l’a… inventé !

( Pour cette escale, vous l’aurez compris, il faut se balader en bateau, en scooter pour en prendre plein les mirettes et rencontrer les habitants…)

J’ai eu un gros coup de cœur aussi pour l’Equateur, moins connu

( Extrait de Entre deux bleus à EnvolEmoi Editions )

L’Equateur, c’est le coup de cœur assuré! Imaginez un pays, la moitié de la France, une arête dorsale au milieu, l’Avenue des Volcans, qui ne vole pas son nom: il y a la route, et de part et d’autre, des montagnes aux cimes arrondies et enneigées, massives, des dinosaures assoupis. En dégringole une mosaïque de petits carrés verts, bien rangés en un camaïeu subtil : ce sont des cultures de pommes de terre, il en existe une quinzaine de sortes ici. Les verts se fondent, se contredisent, veloutent le paysage. Bleu le ciel, blanc la neige, vert les cultures. C’est déjà beau. Là s’ajoutent les taches multicolores des jupes en corolle des femmes indiennes, avec sur leurs têtes, ces incroyables bibis façon Borsalino, d’où se déroulent de longues tresses onyx. Après, à droite et à gauche de l’épine dorsale ou plutôt, dirait un géographe, à l’est et à l’ouest, deux paysages contraires et porteurs de rêveries. A droite, pardon à l’est, l’Amazonie : la ‘’Deep Forest’’ à la canopée sans faille, jungle vert sombre et dense, avec son mystère, sa brume flottante, ses rivières-cascades, sa terre rouge. Et à gauche, à l’ouest, l’Altiplano, sol aride et rosé, avec son petit train, un tortillard, aux serveurs en veste blanche et cheveux goménolés, rendu célèbre par une certaine pub pour le café. Ce train déboule sur le Pacifique et sa côte estivale, uniformisée pour la villégiature: buildings et plages. Choc de deux mondes: on est assis en tailleur sur le toit du petit train - eh oui, c’est comme ça que j’ai fait le voyage tant il y avait de monde ! - et on se retrouve à… Palavas-les-Flots ou Benidorm : même côte saccagée, mêmes immeubles sans âme pour ‘’caser’’ du touriste. Ce n’est pas si grave ici, car l’Equateur, c’est tout le reste : la capitale-musée, Quito, aux dizaines d’églises baroques, espagnolité oblige. Aux angelots aux sexes rabotés, Inquisition oblige. Aux Indiens au regard baissé, j’allais dire blessé, conquistadors obligent. Mais il y a une force tranquille dans ces yeux de jais, une puissance de vie. Ça palpite, ça gronde même, comme les volcans soi-disant endormis. Ça rit, ça fait la fiesta, ça danse la ‘’pena’’. Ça vit. Et dignement. Lors des cérémonies pour les cinq cents ans de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, ça fête les cinq cents ans de résistance à la conquête, à l’homme blanc. Le peuple est debout, et honore les grands chefs indiens dont le dernier, Atahualpa, qui a résisté jusqu’à la mort. Car l’Equateur, c’est un petit pays, mais tout y est grand, les paysages, les sentiments. Les gens à la peau cannelle ont des silhouettes petites et fines, mais sont bien grands, bien ‘’carrurés’’ à l’intérieur. Fiers - sans arrogance - de leurs origines, connaissant bien l’histoire de leur pays, ils avancent. Dans leurs poches, sur les billets de banque, l’effigie d’Atahualpa, toujours là. Admiré, aimé comme un dieu. Lors de son exécution, le prêtre lui demande:

- Atahualpa, convertis-toi, tu iras au Paradis, c’est l’endroit où ton âme pourra reposer en paix.

- Et vous, les Espagnols, vous y allez aussi?

- Oui, bien sûr!

- Alors, je ne veux pas y aller… 

Quels sont vos 3 meilleurs conseils pour les voyageurs se rendant prochainement dans cette destination ?

Prendre le petit train de l’Altiplano et faire une balade en barque dans le côté amazonien

Traîner dans Quito, la ville-musée, les yeux bien ouverts

Parler aux gens, se régaler de leur cuisine :

Ceviche,

Empanadas de queso : beignets au fromage,

Llapingachos : pommes de terre écrasées et frites avec du fromage,

Patacón : banane grillée en rondelles, elle accompagne le poisson.

Goûter la ‘’.Colada morada ‘’ : boisson faite de mûresmyrtilles et framboises,  

Que pourriez-vous dire à nos lecteurs pour leur donner envie d’aller dans cette destination ?

Je crois que la bavarde passionnée que je suis a répondu à ces questions dans les paragraphes précédents… Néanmoins, si besoin d’autres détails, n’hésitez pas les voyageurs/lecteurs à m’envoyer un mail : vaugien.marie-stephane@orange.fr ou à préparer une batterie de questions auxquelles je m’efforcerai de répondre pendant mes 4 jours de présence au Salon 2020.

Quel est l’endroit sur Terre où vous rêvez d’aller et pourquoi ?

Alors pendant mes 30 ans de vadrouille, j’ai loupé à mon grand regret, le Machu Pichu, la muraille de Chine et Xian, l’Australie et les aborigènes, l’Inde des Maharajahs et Jaipur, les Galápagos, et la mystérieuse Île de Pâques…

Ca fait beaucoup, beaucoup trop ! Je vais remédier à ces lacunes dérangeantes et frustrantes,  les prochaines années ! Foi de moi !

Bien sûr, je me console avec les récits des veinards qui y sont allés comme pour l Île de Pâques, mais…

( Extrait de Papa tango Charlie/ Ed du bord du Lot ) Les vols de nuit sont longs, interminables même ! Mais quelquefois...

Sur ce retour Santiago du Chili, un homme, la quarantaine, teint buriné, barbe hirsute, tout de jean vêtu, tourne dans la cabine endormie, un malheureux insomniaque sûrement ! Moi, je suis fatiguée, languis que mon tour de repos arrive. Je lui souris mais ne cherche pas la conversation. Toujours les mêmes palabres : « Je n'arrive pas à dormir dans ces avions, les sièges sont trop rapprochés » ou sa variante : « Je me demande comment font les gens pour dormir dans un avion, le lieu est si exigu ! » Il vient chercher un verre d'eau à l'office. Je me prépara aux banalités. Et je ne suis pas déçue : il m'explique ses difficultés à se reposer dans un avion, son voyage sans fin. Trente heures avec des stops dans des aéroports déserts, le passage des formalités qui s'éternise, les bagages égarés... Je retiens difficilement des bâillements. Jusqu'au moment où il me dit :

  • Je reviens de l'Île de Pâques, vous imaginez ?

Oh que oui, j'imagine ! Le seul nom de cette destination dont je rêve, me défatigue d'un coup. Je m'ébroue de ma torpeur. Je veux tout savoir ! Et j'ai de la chance, il partage ma passion et... c'est un merveilleux conteur.

Anakena, Ahu Tongariki, Rano Raraku... J'y suis ! Les 900 statues monumentales, ces hommes-troncs, se campent devant moi. Majestueux, mystérieux '' moais '', leurs regards de tuf orange et de corail blanc tournés vers l'intérieur de l'île, face à la lumière du soleil levant. Je les vois ! Impressionnantes effigies des ancêtres érigées là depuis plus de 700 ans, avec, pour mission, celle de protéger leurs descendants. Mon passager est intarissable !

En s'enfonçant dans l'île, on arrive à la carrière dont les moais proviennent. Des ébauches gisent là, inachevées pour toujours. Drôle de cimetière de géants, enterrés dans leur berceau...

Mon passager me parle aussi du rituel de l'Homme-Oiseau pour lequel des hommes risquaient leur vie en nageant des heures afin de récupérer un œuf du sterne noir,cet oiseau migrateur connu sous le nom indigène de manutara. Cet exploit en faisait le roi de l'île pour une année jusqu'au prochain passage de l'oiseau.

Quand ma collègue arrive pour me remplacer, je la renvoie se reposer.

Moi je veux rester encore à Rapa Noui. On dit que c'est une résurgence du mythique continent perdu de Mu. Les glyphes du '' rongo rongo '' - cette écriture océanienne unique – dansent sur mes rétines. Je veux encore entendre le ressac des vagues bouillonnantes d'écume qui battent les rochers volcaniques, les pleurs des goélands blancs et des frégates au cou de ballon rouge, les raillements des fous de Bassan, et le vent, gorgé de sel qui érode les énigmatiques '' moai '', ces sentinelles aux visages graves. Elles ne parlent pas. Et cependant quelque chose rayonne en silence...

Quelque chose à ajouter ?

Euh ! Je suis intarissable quand il s’agit de parler de voyages… C’est pour cela que je suis ravie de faire une conférence sur un pays de la planète ou comme nous en avions convenu , COMMENT ECRIRE LE VOYAGE ? ( Nombres de globe-trotters ont du mal à coucher sur papier leurs émotions ! Ils s’en privent et nous avec ! Dommage ! Il faut donner ‘’ à voir ‘’au lecteur, le prendre par la main, ‘’l’embarquer ‘’ !

J’espère que j’ai réussi et que vous viendrez nombreux en Mars à mon stand me questionner, m’écouter raconter d’autres histoires… Y’a de quoi faire, il y en a une quarantaine dans chaque recueil de mes histoires vécues et racontées à fleur de peau,  du désert d’Atacama de sable gris souris au blond Sahara où je rencontre le Petit Prince, de mon échange troublant avec Clapton à ma visite émouvante à Baltimore de la maison d’Edgar Poe. Que de moments inoubliables, du rire aux larmes. La vie, quoi ! Oser vibrer, vibre d’oser…la découverte, la rencontre… Le voyage, c’est ça !