La Nouvelle Zélande

Le pays préféré de Profession Globe Trotter !

Nouvelle Zélande, un nom qui fait rêver sans aucun doute. Mais de là à devenir mon pays préféré sur 197 visités… Comment en suis-je arrivé là ?

 

Lorsque j’entreprends mon premier tour du monde en 1995, j’ignore que je repartirai 9 fois réaliser un voyage circumplanétaire. Je veux donc en profiter pour visiter des contrées lointaines. Je rêve de tour du monde, donc de bout du monde. Et la Nouvelle Zélande en est la parfaite illustration.

Aux antipodes de la France (c’est-à-dire a l’opposé de notre hexagone sur le globe terrestre), situé à 19.000 km de Paris, à 12 fuseaux horaires (le maximum possible), à 30 heures de vol avec escale en Asie, ce pays reste largement méconnu si ce n’est pour ses fruits (les kiwis) et son équipe de rugby (les All Blacks).

Autant d’excellentes raisons pour inscrire ce pays sur mon itinéraire de tour du monde, et lui consacrer 5 semaines. Et mes lectures sur ce pays de cocagne parlent d’une nature généreuse. Je n’ai pas encore mis un pied au pays des Kiwis (surnom des néozélandais), et me voilà déjà conquis.

 

Lorsque je débarque à Auckland en novembre 1995, c’est la première fois que je visite un pays tempéré de l’hémisphère sud. En raison de l’inversion des saisons, le printemps culmine en novembre, les jours n’en finissent plus, le soleil darde généreusement ses rayons, les jeunes circulent à vélo, les familles pique-niquent dans les parcs, les arbres se parent de leurs plus belles fleurs, notamment les bougainvillées couleur fuchsia et les jacarandas au parme éclatant.

A Auckland, capitale économique du pays, je découvre une ville à la campagne. Des rangées de cottages pimpants bordent des rues boisées ondulant sur des collines verdoyantes, surplombant la mer. La « cité des voiles » mérite son nom avec des milliers de bateaux de plaisance ballotés par les flots dans une des nombreuses baies que compte la ville.

 

 

Je passe quelques jours chez une hôtesse SERVAS (l’association pacifiste), une délicieuse vieille dame du nom de Joyce. Je me prends immédiatement d’amitié pour cette octogénaire sortie d’un roman de DICKENS. D’origine britannique, elle ressemble fortement à la reine Elizabeth, et parle un anglais très châtié. Elle a d’ailleurs été professeur de théâtre avant d’immigrer en Nouvelle Zélande en 1947, une véritable expédition à l’époque. Après avoir élevé une famille nombreuse, Joyce est partie avec son sac à dos faire le tour du monde dans les années 1980. Depuis, elle vit en hébergeant des étudiantes japonaises et en vendant ses confitures maison.

 

Mon premier périple néozélandais se déroule en train. Le transport ferroviaire décline fortement ici, mais les quelques trains rescapés du passé permettent de découvrir des paysages grandioses, tel le « Tranzalpine » qui traverse les montagnes de l’île du Sud, ou le « Coastal Pacific » qui longe le fameux océan, laissant voir de longues plages, des côtes rocheuses, et parfois des phoques paressant sur la grève.

 

Lorsqu’on réalise un voyage au long cours, l’impression qu’on a d’un pays dépend beaucoup des pays qu’on a traversés précédemment. Ainsi, lors de mon tour du monde en train, j’ai eu des problèmes matériels en Russie, et des difficultés linguistiques en Chine. En comparaison, la Nouvelle Zélande se révèle d’une étonnante facilité : langue anglaise, équipements impeccables, organisation irréprochable.

 

La pratique des sports est particulièrement accessible pour les voyageurs, et j’en profite largement.

J’ai 30 ans, je voyage seul, et j’ai beaucoup d’énergie à dépenser. Alors, dans une boulimie d’activités physiques au grand air, j’alterne kayak de rivière et de mer, VTT, plongée, rafting, bungee-jumping, et trampoline, activité fétiche des Kiwis.

Mais c’est par le biais de la randonnée à pied que j’explore le mieux les paysages merveilleux des deux îles. Je réalise ainsi un trek dans les volcans de l’île du nord, le « Tongariro Crossing » où alternent forêts, paysages arides, cratères fumants et lacs turquoise.

J’accompagne un moment un couple d’Argentins, perdus bien loin de chez eux. Carlos et Victoria pratiquent peu la marche, mais sont très volubiles, et nous sympathisons très vite. Déjà le feeling avec l’Argentine… Dans l’île du sud, j’apprends à marcher avec crampons et piolet sur le glacier Franz Josef, gravissant parois gelées et pénétrant dans des failles où on entend les craquements de ce mastodonte glacé. Enfin, je pars pour 5 jours sur la « Milford Track », un must absolu en matière de randonnée, à la découverte des paysages à couper le souffle de l’île du sud : montagnes enneigées, lacs d’altitude, forêts à perte de vue, fougères géantes, torrents impétueux, et fjords.

 

Je pensais ne jamais revenir au pays des Kiwis, mais le pays des Kiwis est une escale toute trouvée sur un tour du monde. J’y retourne donc en 1998 et 2003 avec Elena, en 2005 avec Tristan et Quentin.

Nous visitons la presqu’île de Coromandel, très semblable à notre Bretagne avec ses côtes rocheuses, ses petits ports de pêche, et ses plages sauvages et immenses, Rotorua avec ses geysers et lacs, Bay of Islands où nous pratiquons kayak et catamaran. Les enfants me font remarquer qu’il y a beaucoup de moutons.  Certes, les 40 millions d’ovins dépassent largement la population de 4 millions. Et une grande proportion des moutons part à l’exportation, notamment vers l’Asie et le Moyen-Orient.

 

Mon dernier voyage aux antipodes date de 2010, lorsque j’accompagne le groupe Pénélope dans le cadre de mon agence ALTIPLANO.

Leur goût pour l’agriculture et l’ornithologie me permet de découvrir des facettes inconnues de ce pays que j’avais pourtant déjà bien sillonné : des jardins botaniques exceptionnels avec les commentaires d’horticulteurs chevronnés, les plantations de kiwis (les fruits) de Tauranga, les vignobles de Napier (et le centre-ville Art déco de cette ville rasée par un tremblement de terre en 1931), la colonie de fous de Bassan de Cape Kidnapper (sans payer de rançon !).

 

En revanche, l’observation des kiwis (les oiseaux) a échoué complètement. Le fameux volatile endémique de Nouvelle Zélande ne souffre pas d’insomnie puisqu’il dort 20 heures par jour. Et il ne daigne sortir qu’au beau milieu de la nuit, sans horaires réguliers. Nous nous retrouvons donc à 2 heures du matin dans une forêt près de Wellington, par 10 degrés et une pluie battante.

Tout le monde est équipé de pantalon, chaussures montantes, pull, coupe-vent, parapluie, mais personne ne veut descendre du car. Soudain apparaît notre guide local, un quadragénaire moustachu et très musclé, vêtu d’un short, d’une chemisette kaki et d’un chapeau de cow-boy. Ce mélange détonnant de Paul HOGAN dans « Crocodile Dundee » et de Robin WILLIAMS dans « Le cercle des poètes disparus » réussit à motiver les troupes à la manière d’un chef scout. Nous le suivons pendant plus de 2 heures, partout où il prétend qu’on pourra observer les créatures nocturnes. Nous sommes trempés des pieds à la tête, et on ne peut utiliser les lampes sous peine d’effrayer la fameuse bestiole qui fait la fierté de tout un pays. Nous ne savons plus si nous souffrons du froid, de la pluie, du sommeil, ou du dépit de ne pas voir le sournois volatile qui semble se moquer des pauvres « Froggies ». Pas l’ombre de la plume d’un kiwi. Je commence à penser qu’en plus d’être paresseux et lunatique, l’oiseau antipodien craint la lumière, le froid, la pluie, et peut-être les touristes étrangers. A moins que ce ne soit un lointain cousin du fameux dahu qu’on chasse dans les Alpes….

 

Lors d’un spectacle organisé par une communauté maori, je monte sur scène m’exercer au « hakka » avec des danseurs chevronnés. A me regarder tirer la langue et imiter les gestes guerriers avec coudes et genoux, le groupe rit à gorge déployée. Il ne me reste plus qu’à perfectionner la mêlée et le placage, et je vais pouvoir partir en tournée avec les All Blacks. Ou tout au moins faire un essai…

 

Pour ne pas être accusé de manque d’objectivité, je dois aussi reconnaitre certains aspects négatifs de la Nouvelle Zélande : gastronomie très simple, climat très pluvieux, horaires très stricts. Les magasins ferment à 17h, et les restaurants souvent à 20h. Enfin, les Français sont mal vus depuis 1995, en raison des essais nucléaires dans le Pacifique et de la fameuse affaire du Rainbow Warrior, un bateau de Greenpeace coulé en rade d’Auckland par des militaires français. J’y suis allé en peine crise, et j’avais eu droit à des réflexions très désagréables.

 

Alors, si mon pays de prédilection au niveau culturel est l’Italie, et si mon pays de cœur est l’Argentine, mon pays préféré en termes de paysages est certainement la Nouvelle Zélande, et je ne me lasse pas d’y retourner malgré les nombreuses heures de vol et le décalage horaire. Quand on se retrouve dans le fjord de Milford Sound, au sud de l’île du sud, au pied de falaises couvertes de fougères géantes, à pagayer en kayak au milieu des dauphins et otaries, on a réellement la sensation d’être au bout du monde, seul au monde, en communion avec le monde. J’adore… 

 

Article issu du livre Profession Globe Trotter de Philippe Melul